Jacques et Mona Ozouf, leurs biographies




Jacques Ozouf, né le 8 septembre 1928 à Alençon et mort le 29 juillet 2006 à Limogne-en-Quercy, est un historien français, spécialiste de l'histoire française aux XIXe et XXe siècles.
Après ses études secondaires au lycée Henri-IV à Paris, il obtient l'agrégation d'histoire en 1954 à la Sorbonne, où il rencontre également sa femme Mona Ozouf.
Neveu du résistant Pierre Brossolette, il adhère au PCF, mais le quitte après l'insurrection de Budapest en 1956. Très attaché aux valeurs républicaines laïques, il entreprend, avec l'aide de sa femme, un travail porté sur les instituteurs de l'école publique d'avant-guerre. En 1971, il devient directeur d'étude à l'EHESS. Il participe également au débat public dans des revues comme le Nouvel observateur et Esprit.

Publications :
  • Nous, les maîtres d'école..., Gallimard/Julliard, 1967
  • Lire et écrire : l'alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry avec François Furet, Minuit, « Le sens commun », 1977
  • La République des instituteurs avec Mona Ozouf, Seuil/Gallimard, « Hautes Études », 1992



Née en 1931, elle est la fille de Yann Sohier et d'Anne Le Den, tous deux instituteurs bretonnants et militants de la cause bretonne, qui l'élèvent en langue bretonne. Après sa scolarité en Bretagne, elle est élève à l'École normale supérieure (ENS), où elle est agrégée en philosophie.

Mona Ozouf
C'est par l'intermédiaire de son mari, Jacques Ozouf qu'elle rencontre en 1954 et épouse en 1955, qu'elle fait connaissance avec les autres historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec ce dernier. Membre du Centre de recherches politiques Raymond Aron à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle est, aujourd'hui, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit également pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Si elle s'est récemment intéressée à la figure du roman de l'univers démocratique, ses travaux ont surtout porté sur les questions se rapportant à l'école publique et à la Révolution française. Les rapports qu'entretiennent pédagogie, idéologie et politique semblent l'avoir particulièrement intéressée.

Publications :

Source : wikipedia




"Le père de Mona Ozouf était instituteur de l'école publique à Plouha, et avait la particularité d'être un patriote breton qui, bien que d'origine gallo (donc non bretonnante), avait par engagement idéologique appris le breton et voulait le transmettre à sa fille, au point de refuser de lui répondre tant qu'elle n'avait pas posé sa question en breton.




"La Bretagne de ses premières années : Mona Ozouf commente son livre «Composition française, retour sur une enfance bretonne»


Votre livre s’ouvre sur la mort de votre père, Yann Sohier, ardent défenseur de l’enseignement du breton à l’école, créateur de la revue Ar Falz. Vous répondez fermement à Françoise Morvan qui, dans son «Nationalisme et dérive identitaire», place votre père du «mauvais côté de la barrière».
Françoise Morvan a du talent et son pamphlet se lit facilement. Elle manque cependant de connaissances sur cette période de l’Entre-deux guerres. C’est facile de lire l’histoire lorsqu’on en connaît la fin. Je déteste cette manière de faire. Je rappelle que mon père est mort en 1935, à une époque où tout bouge, où chacun se cherche. Il n’avait que 33ans.

Particularisme, identité, sont des sujets que vous développez dans votre livre. Dès vos premières années d’école vous réalisez que, dans votre vie, il y a certaines choses qui ne se mêlent pas?
Je vis entre l’école et la maison. J’ai trois pas à faire avant d’entrer en classe, ma mère s’est enfoncée dans une sorte de surdité du chagrin. À Plouha, je vis dans deux univers qui jamais ne s’entremêlent. Ma grand-mère incarne la Bretagne, elle porte le costume et parle le breton. Mon père, cet éternel absent, a une prise écrasante sur la vie familiale. Lorsque je traverse la cour pour me rendre en classe j’entre dans le domaine de la France. Là, il n’est jamais question de la Bretagne, on y parle avec mépris des auteurs qui figurent dans la bibliothèque de mon père. Je comprends qu’il y a là quelque chose d’un peu compliqué et je me pose des questions. Pourquoi la France a-t-elle une attitude si inamicale vis-à-vis des particularités nationales? Y aurait-il une arrogance française?"

Extrait de :



"A l'instant de mourir, Jean Sohier, jeune instituteur de Plouha (Côtes-d'Armor), murmure à l'oreille de sa femme, Anne, d'ultimes recommandations concernant leur fille, Mona, alors âgée de 4 ans : «Ne l'ennuie pas avec nos idées; plus tard, elle lira et comprendra.» Elle a en effet beaucoup lu, elle a tout compris et - son père en rêvait-il ? - elle a écrit, aussi. Des ouvrages magistraux sur la Révolution française, la république des instituteurs et le roman anglais, qui a sa préférence. Mais il a fallu attendre longtemps pour que, dans la solitude où l'ont laissée les disparitions successives de son allié substantiel François Furet et de son mari, l'historien Jacques Ozouf, elle retrouve le chemin de la Bretagne d'avant-guerre où elle est née et a grandi.
Ces idées, dont son père agonisant ne voulait pas l'encombrer, c'étaient celles de la cause bretonne que ce militant d'extrême gauche, anticlérical en terre catholique, pacifiste en terre rebelle, avait épousées jusqu'à éradiquer son prénom et choisir celui de Yann. «Yann ar skolaer» («Jean le maître d'école») avait créé, en 1933, un journal breton et prolétarien, «Ar Falz», dont l'emblème était une faucille inscrite dans un motif celtique, et où le malheur des juifs était comparé à celui des Bretons, deux races «flagellées par les iniquités»"
Extrait de :



Il recommandait d'ailleurs à une des grand-mères de Mona Ozouf, de langue maternelle bretonne, de parler en breton à Mona, alors qu'au contraire, cette grand-mère était encline à lui parler en français pour la mettre sur le chemin de la modernité, et lui ouvrir la voie à des métiers moins durs que ceux promis aux bretonnants.

En forçant un peu le trait, le breton était considéré comme la langue de l'arriération, et le français comme la langue de la modernité.

Mona Ozouf constate dans la Bretagne d'aujourd'hui un grand changement : si la langue bretonne a perdu sa place dans la vie quotidienne, elle est devenue un élément constitutif d'une nouvelle fierté bretonne."